PEDAGOGIE
LA MOTIVATION
(suite)
R.Rosenthal a prouvé que le fait de croire en un enfant peut lui faire réaliser des progrès extraordinaires, et même augmenter son QI, l’influence de l’éducation étant d’autant plus sensible que l’enfant est jeune.
J.André réagit contre le côté « fataliste » donné à la motivation –on est motivé ou on ne l’est pas, on a envie ou pas…- et insiste sur l’importance de l’affectif dans le rôle de l’enseignant, d’autant plus important chez le jeune enfant.
Antoine de La Garanderie, pédagogue spécialiste de la « gestion mentale » (cf « Les profils pédagogiques » puis « La motivation », chez Bayard éditions) a une démarche intéressante : il cherche pourquoi des enfants réussissent et comment appliquer leur « méthode » à ceux qui sont en échec.
De même, quand un enfant ne paraît pas ou plus motivé, nous pouvons nous demander :
- « Comment et pourquoi d’autres enfants de son âge sont motivés » ?
- « Que se passait – il quand il était motivé ? »
- « Que faire pour qu’il le redevienne ? »
Il faut penser que l’enfant, et souvent encore l’adolescent, vivent au « temps présent ». Ce qui paraissait formidable hier peut devenir aujourd’hui inintéressant, surtout dans une société de consommation où il faut « tout, tout de suite » pour le « jeter » après.
C’est à nous, les adultes :
- de garder une ligne de conduite cohérente, en expliquant que cet apprentissage que nous avons choisi pour lui est « bon pour lui », que cela lui demande des efforts, mais qu’il va développer de nombreuses capacités qui lui seront indispensables dans sa vie (par exemple le développement précoce de la mémoire et de la concentration qu’on a sûrement déjà repéré à l’école…) ; on a décidé pour lui, certes, comme on prend en charge toute son éducation, car c’est le rôle du parent.
- d’insister sur la chance qu’il a d’accéder à un monde merveilleux, celui de la musique et de l’Art, qui va créer une complicité avec vous d’abord, puis avec des amis de son âge – d’où l’importance de l’environnement et des activités en groupes- ;
- de rappeler les expériences et situations positives vécues par le passé, dans lesquelles il était manifestement très motivé (réussite dans l’apprentissage d’un nouveau morceau, concert, diplôme, stage, spectacle…) ;
- de donner en projet de nouvelles situations qui vont lui plaire, à plus ou moins longue échéance suivant l’âge, en insistant toujours sur les réussites quotidiennes.
Il est important pour cela de prendre soi – même du recul, d’analyser ses propres motivations par rapport à l’apprentissage de la musique, en tant qu’éducateur, et de discerner « la fin » et « les moyens », deux conditions indispensables à doser pour une réelle motivation :
- Si on privilégie trop « la fin » - le morceau à savoir dans son intégralité, le concert où l’on va jouer, la carrière internationale envisagée…-, la pression risque d’être trop forte, l’échéance trop lointaine, et l’enfant découragé à l’avance…
- Si on privilégie trop « les moyens » - le travail quotidien où on surmonte chaque difficulté comme un « défi », le développement des capacités mentales et sensorielles au jour le jour…-, l’enfant risque de se demander pourquoi il faut travailler tous les jours sans autre but que…le travail !
L’idéal est de « jongler » entre les deux, en s’adaptant à l’enfant :
- pour ceux qui préfèrent rejouer toujours les anciens morceaux et rechignent à en commencer un nouveau, il faut donner de très petites échéances (apprendre un seul passage nouveau pour la semaine prochaine…) et rappeler les succès passés.
- Pour ceux qui aiment affronter la difficulté et la nouveauté, et rechignent à réviser un répertoire, il faut insister sur l’intérêt de dominer techniquement un morceau pour prendre à « jouer avec le morceau », seul ou à plusieurs, en changeant le son, l’expression, en insistant sur la beauté de l’œuvre et l’intérêt d’avoir des morceaux toujours prêts en cas de « concert improvisé » !
La réalisation d’un spectacle est une bonne illustration d’une motivation réussie et unanime, car la musique devient un moyen parmi d’autres (mise en scène, expression orale, mime, chorégraphie…) dans le but final de créer une œuvre d’art complète!
Il est important de s’adapter au rythme de l’enfant, en donnant à chacun les moyens de réussir, en refusant les termes de « doué » ou « pas doué » tellement employés en musique ! Imaginez qu’on « condamne » un bébé qui apprend tardivement – par rapport à la moyenne- à marcher ou à parler, en décidant pour lui qu’il n’est pas « doué », et que donc il n’y arrivera jamais, alors que ce n’est qu’une question de temps dans la plupart des cas !
Pour conclure ces quelques pistes de réflexion sur la motivation, une phrase d’Antoine de La Garanderie:
« Le secret de la motivation n’est – il pas de s’aviser ou d’accepter de reconnaître qu’on peut apporter à l’avenir sa note personnelle ? Le pouvoir d’être soi s’accomplit par l’évocation de la pierre que chacun devrait avoir l’exigence d’apporter à l’humanité et qui sera son propre témoignage. »
Brigitte Pras – Janvier 2006